Lettre ouverte

Orléans, France
9 juillet 1960

Chères amies Bahá’íes, chers amis Bahá’ís,

À présent, je suis certain que la plupart, sinon l’ensemble des personnes à qui cette lettre s’adresse, aura appris que j’ai accepté, de même que d’autres croyants de France, Mason Remey comme second Gardien de la Cause de Dieu.

N’ayant pas le temps d’écrire à chacun de vous des lettres personnelles et désirant particulièrement communiquer avec un grand nombre d’entre vous que j’ai connu durant moult années, certains depuis mon enfance, je ressens que la seule façon de le faire serait d’écrire cette lettre ouverte qui peut être reproduite. Mes raisons pour vous écrire sont doubles:

Premièrement, j’aimerais expliquer, pour le bénéfice de celles et de ceux se demandant pourquoi j’ai pris cette décision (comme ils peuvent avoir, pour l’instant du moins, pris une position adverse), le processus de mes propres pensées et recherches sur la question du gardiennat à partir du décès de notre premier Gardien bien-aimé et précédant la réception de la proclamation de Mason Remey et la réalisation claire et indéniable qui m’est venue suite à la réception de ce document majeur.

Deuxièmement, je ressens avec toute l’intensité de mon être que le seul salut pour la vie de notre Foi bien-aimée se trouve dans un examen approfondi et rigoureux de la proclamation de Mason Remey dans une attitude de prière à partir d’un point de vue objectif, non biaisé et à la lumière de nos écrits saints et tout ce que notre premier Gardien bien-aimé a écrit sur l’institution du gardiennat. Uniquement de cette façon nous pourrons nous libérer de l’influence et des points de vue des autres (peu importe leur position ou rang) et espérer atteindre la vérité et une décision inébranlable. N’est-ce pas le même processus qui nous a été enjoint de suivre en acceptant la Foi elle-même? (C’est à dire par une recherche indépendante de la vérité).

Pour celles et ceux qui ont aimé et servi notre premier Gardien pendant sa vie et chéri tendrement ses écrits et instructions impérissables, notre désir suprême depuis son décès a été, je suis certain que tout le monde sera d’accord, de rester fidèle aux instructions qu’il nous a donné pendant qu’il était en vie et qu’il nous a laissé comme éternel présent de sa plume infaillible. La crise actuelle à laquelle fait face notre Cause bien-aimée, il me semble, tourne uniquement autour de ce point jumelé au doute que plusieurs ont permis de laisser s’infiltrer dans leurs propres esprits paralysés par un manqué de foi dans l’inviolabilité du Covenant de Bahá’u’lláh, « Covenant tout-puissant comme les dispensations sacrées du passé n’en ont jamais vu », « l’un des traits distinctifs de ce cycle des plus puissants » et « l’Arche du Salut. » (Voir p.229, Dieu passe près de nous).

Suite au décès de Shoghi Effendi et à la découverte qu’un document de type testamentaire ne fut point parmi ses papiers, nous avons tous entendu les spéculations suivantes inacceptables à la lumière des dispositions du Testament de `Abdu’l-Bahá et de tout ce que notre premier Gardien bien-aimé a écrit:

En ce qui me concerne, j’ai peut-être trouvé plus facile d’embrasser le Gardien que la plupart de mes coreligionnaires Bahá’ís parce que, suite au décès de Shoghi Effendi, j’ai été incapable de refouler la question importantissime de la succession et de l’oublier mais je me suis senti poussé à approfondir mes recherches et réviser de nouveau minutieusement le Testament de `Abdu’l-Bahá jumelé avec des méditations de réflexions durant moult nuits sans sommeil qui me conduisirent aux conclusions suivantes concernant le gardiennat qui, maintenant que je considère les événements avec recul, me préparèrent à approcher la proclamation de Mason Remey avec un cœur ouvert:

La Maison universelle de justice ne peut venir au monde et fonctionner comme corps infaillible sans le Gardien siégeant en tant que sa « tête sacrée » en considérant les FONCTIONS ESSENTIELLES que Shoghi Effendi a évaluée avec méticulosité et netteté dans La dispensation de Bahá’u’lláh du président de la Maison universelle de justice, le Gardien. Celui-ci:

  1. Apporte l’autorité interprétative des Écritures sacrées.

  2. Se doit « d’insister auprès d’eux pour qu’il soit procédé à un nouvel examen de toute loi qu’en son âme et conscience il considère être en désaccord avec la signification des paroles révélées de Bahá’u’lláh ». (Cela indique clairement que sans la direction du Gardien, il est possible pour ce corps de passer une loi qui contrevient à la fois à la lettre et à l’esprit des écritures de Bahá’u’lláh et est donc faillible sans sa direction.)

  3. Définit la sphère de son action législative.

  4. Dispose du droit d’expulser un membre de la Maison universelle de justice qui commet une faute préjudiciable au bien commun.

Mason Remey était le seul qui pouvait siéger en tant que président de la Maison universelle de justice lorsqu’elle viendrait à exister (pourvu qu’il soit vivant) car Shoghi Effendi l’avait nommé président du Conseil international Bahá’í (la tête de son embryon). Cette conclusion m’est venue lorsque dans mes méditations je me suis rappelé d’une conversation très intéressante et porteuse de signification à table avec Shoghi Effendi le soir du 30 novembre 1952 quand mon épouse et moi étions en pèlerinage. Shoghi Effendi était en train de décrire les stades successifs à travers lesquels le Conseil international Bahá’í évoluerait dans son développement vers la maturité et en parlant de son second stade (la cour Bahá’íe, que Shoghi Effendi dans son message du 25 avril 1951 a établi comme un « prélude essentiel à l’institution de la Maison universelle de justice »), ceci furent ses mots:

« Le président actuel du Conseil international Bahá’í deviendra alors son Juge ». (Le Gardien s’inclina alors vers Mason, lui offrit un sourire et demanda: « Mason, es-tu prêt à devenir Juge? »).

Note: Cela peut être vérifié à partir de mes notes manuscrites avec de l’encre dans un livre de pages reliées qui ne sont pas détachables.

Je me souviens avoir été confondu me demandant pourquoi Shoghi Effendi a choisi Mason Remey comme « le Juge » lorsque tous les autres membres du Conseil était aussi assis à la table, sauf un, alors que je les considérais alors ayant tous un statut d’égalité. Pendant mes méditations sur la question de qui pourrait occuper le poste de président de la Maison universelle de justice, si elle devait être établie (comme quelqu’un devait bien remplir ce rôle), il m’apparut soudainement que Mason Remey ayant été nommé par le bien-aimé Gardien, Shoghi Effendi, comme président du Conseil international Bahá’í (l’embryon de ce corps), ce ne pouvait être que lui. Ce qui me stupéfait, depuis que j’ai reçu la proclamation de Mason Remey, est que, quoique je suis arrivé à cette conclusion, je n’ai pas, alors ou avant de recevoir la proclamation, été jusqu’à comprendre combien il aurait dû être évident que, comme la présidence de la Maison universelle de justice et le gardiennat sont des titres synonymes, Shoghi Effendi, en nommant de son vivant Mason Remey comme président du Conseil international Bahá’í, désignait en fait son successeur. (L’embryon avec sa tête nommée fut ainsi conçu dans l’esprit infaillible de Shoghi Effendi dans l’attente de sa naissance).

Ayant reçu la proclamation majeure de notre second Gardien, le voile final fut levé de mes yeux et je fus conduis à découvrir et réaliser les faits additionnels suivants:

Note: Pour ceux qui insistent que « stewardship » implique de l’autorité, votre attention est dirigée vers la page 143 de L’administration Bahá’íe où Shoghi Effendi a clairement souligné, en écrivant au sujet des responsabilités des assemblées spirituelles nationales, la différence entre l’autorité d’une main et le stewardship (service) de l’autre.

Tout ce qu’il faut dire pour conclure est que ceux qui continuent d’accepter l’autorité auto-attribuée et l’interprétation des Mains de la Cause en Terre sainte au lieu des dispositions explicites du Testament de `Abdu’l-Bahá et les instructions et la nomination de notre premier Gardien bien-aimé n’ont qu’à voir les conséquences:

Tandis que, ceux qui acceptent le deuxième Gardien bien-aimé de la Cause de Dieu:



Avec salutations chaleureuses et aimantes Bahá’íes,

Fidèlement, en dévotion pour Son Covenant,

Joel Bray Marangella
Le Gardien de la Foi Bahá’íe



Traduction anglais-français

par

Martin Lavallée